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Défis de la citoyenneté à l'ère numérique: les jeunes proposent des solutions

12 mars 2019

Des personnes d'origines culturelles et d'âges différents interagissent grâce à la communication, à la technologie et aux réseaux sociaux.

Des collégiens réfléchissent aux enjeux de la citoyenneté dans l’univers numérique et ils suggèrent des orientations aux gouvernements, aux entreprises et aux individus.

Fausses nouvelles, bulle informationnelle, détournement de données personnelles, virulence des échanges dans les médias sociaux : ces phénomènes sont autant d’obstacles à des débats publics sains, respectueux, inclusifs et basés sur des faits.

Le numérique a pris une telle place dans nos vie que notre citoyenneté s’exerce aussi dans l’univers virtuel. Or, l’exercice de cybercitoyenneté se bute à des enjeux inédits.

Enjeux liés à la cybercitoyenneté :

  • la rapidité des innovations technologiques ;
  • le retard des lois et réglementations et leur difficulté d’encadrer les activités d’entreprises étrangères et de plateformes internationales ;
  • l’apprentissage, par les individus, des comportements numériques reflétant la prudence, la civilité et le civisme dont ils feraient normalement preuve dans le monde physique.

C'est justement sur la dimension éthique de ces enjeux qu’un groupe de jeunes a récemment réfléchi et proposé d’intéressantes pistes de solution.

Des recommandations concrètes pour que la citoyenneté puisse pleinement s’exercer dans les médias sociaux

Tous les deux ans, la Commission de l'éthique en science et en technologie du Québec (CEST) invite une quinzaine d’étudiants de niveau collégial à réfléchir à des questions qui les touchent en matière d’éthique liée aux sciences et aux technologies. Ces étudiants forment une Commission-Jeunesse (CEST-Jeunesse). Avec la collaboration d’enseignants, ils travaillent pendant plusieurs mois à s’informer sur le sujet, puis se réunissent pour en débattre pendant quelques jours. Ces délibérations donnent lieu à un avis écrit, publié par la CEST.

Laisser la parole aux jeunes, c’est croire en l’innovation. Nous consulter, c’est trouver de nouvelles façons d’aborder une difficulté. Par la mondialisation et l’ouverture d’esprit, nous sommes constamment en contact avec des pensées provenant des quatre coins de la planète. De telles connaissances sont indubitablement bénéfiques pour notre communauté.

- Extrait d’un témoignage des porte-paroles de la CEST-Jeunesse 2018, Noémi Brind'Amour-Knackstedt et Ann-Sophie Gravel

En 2017-2018, la septième CEST-Jeunesse s’est consacrée au thème de la cybercitoyenneté, en se concentrant sur les médias sociaux. Pour la première fois, la Commission canadienne pour l’UNESCO a collaboré avec la CEST-Jeunesse. Dans ce contexte, ce fut l’occasion pour Sébastien Goupil, secrétaire général de la Commission canadienne pour l’UNESCO et Maria Mourani, représentante du gouvernement du Québec au sein de la délégation permanente du Canada à l’UNESCO, d’échanger sur les priorités de l’UNESCO avec les participants réunis à Québec en janvier 2018.

Découlant de cette réflexion, l’avis de la CEST-Jeunesse, Éthique et cybercitoyenneté : un regard posé par des jeunesformule huit recommandations précises.

Même si la plupart s’adressent directement au Gouvernement du Québec, ces recommandations sont aussi valables dans un contexte plus large. Les jeunes proposent notamment :

  • de sensibiliser et d’informer les citoyens sur les dangers des fausses nouvelles et les conséquences des actions qu’ils effectuent sur le Web ;
  • d’aider tous les citoyens à accéder à l’espace public numérique et à se l’approprier ;
  • de développer une politique de droit à l’oubli ;
  • d’encourager l’utilisation des logiciels libres et ouverts dans les écoles et la fonction publique ;
  • de s’efforcer de limiter l’influence indue qu’un individu ou une organisation peut avoir dans la sphère publique numérique.

Comme les échanges dans les médias sociaux passent par des plateformes contrôlées par des entreprises numériques presque toujours étrangères, la CEST-Jeunesse leur rappelle leurs responsabilités : si elles veulent bénéficier d’une présence sur un territoire donné, elles devraient se soumettre aux lois en vigueur sur ce territoire pour assurer le bien-être de la population. Dans cet esprit, la CEST-Jeunesse recommande:

  • de privilégier les intérêts des cybercitoyens face à ceux des entreprises numériques ;
  • dans la mesure du possible, de soumettre ces entreprises à des obligations telles que: fournir une version claire et simple de leurs conditions d’utilisation, retirer les clauses abusives de ces conditions, faciliter une utilisation prudente de leurs services par les usagers, et reconnaître la propriété intellectuelle des contenus générés par les individus.

Mais la CEST-Jeunesse reconnaît que les citoyens eux-mêmes doivent assumer leur part de responsabilité. Elle les encourage à bien se comporter en faisant preuve de civisme dans leurs échanges en ligne.

Vers une charte de la citoyenneté à l’ère numérique ?

Ambitieuse dans son approche, la CEST-Jeunesse a complété ses recommandations en proposant une Charte de citoyenneté à l’ère numérique. Elle couvre la liberté d’expression et la qualité de l’information, la responsabilité individuelle et sociale des acteurs du numérique, la transparence, la vie privée et la justice.

« L’accès équitable aux capabilités numériques¹ doit être garanti pour favoriser l’inclusion. » - Extrait de la Charte de citoyenneté à l’ère numérique proposée par la CEST-Jeunesse

La CEST a été impressionnée par la grande qualité du travail réalisé par sa Commission-Jeunesse.

« Ces jeunes doivent être écoutés. Leur perspective est celle de l’intérieur, de ceux et celles qui voient et expérimentent concrètement non seulement les possibilités d’action et d’émancipation que propose le numérique, mais aussi ses limites. » - Jocelyn Maclure, président de la Commission de l'éthique en science et en technologie

La CEST s’est engagée à relayer les conclusions de la Commission-Jeunesse aux autorités compétentes, et la Commission canadienne pour l’UNESCO est heureuse de s’en faire l’écho.

« Aujourd’hui plus que jamais, on doit s’assurer que le Web et les médias sociaux demeurent des espaces qui favorisent l’échange et la compréhension mutuelle. Et cette réflexion doit être menée avec les jeunes. Ils nous montrent encore une fois leur capacité à éclairer les réflexions et à proposer des solutions adaptées à nos réalités » - Sébastien Goupil, Secrétaire général de la Commission canadienne pour l’UNESCO

Pour en savoir plus sur :

  • tag Éthique de la recherche
  • tag Éducation aux médias